Notre monde est aujourd’hui en déperdition. La fin de la guerre froide qui avait généré tant d’espérance semble maintenant une lointaine nostalgie. A croire que la destruction mutuelle assurée par les armes nucléaires était préférable au désordre permanent actuel.
Notre planète s’emballe et le monde semble plongé vers une lente et inexorable décivilisation. Les histoires de ce livre vous exposent la vie telle que la ressentent des millions de gens de par le monde. Il s’agit ici de réflexions sur la vie d’aujourd’hui et ses déboires à travers le parcours parfois singulier et souvent entremêlé de différentes personnes. Les sujets abordés sont : le libéralisme, l’idéal, la prostitution, les rencontres par Internet, la chasteté des prêtres, la crise du logement, les SDF, la discrimination positive, la question noire, l’immigration clandestine, le terrorisme, la maladie, les nouveaux pauvres et l’intolérance.
Bonne lecture !
Extrait 1: Humanus politicus
Cette propriété au milieu d’une si grande ville paraissait comme une provocation à la modernité. Maintes fois, des promoteurs immobiliers lui avaient proposé d’énormes sommes, maintes fois il avait refusé. Il exécrait cette orgie de modernisme non justifiée à ses yeux et rejetait encore plus l’euphorie individualiste et la loi du profit. L’Union n’était pas seulement l’expression d’une révolte, elle était cette révolte, sa révolte.
Olam entendit une porte se fermer lourdement. Il savait que c’était Péchin. Depuis l’augmentation du prix de l’immobilier, sans bourse, il avait perdu sa chambre d’étudiant. Un ami lui avait recommandé d’aller voir Péchin. Ce monsieur savait ce qu’était la charité. Il la pratiquait dans un dénuement total mais s’en accommodait vaillamment. Le chômage avait ravi aux salariés leur liberté pour l’offrir à un libéralisme féroce qui se nourrissait des délocalisations et des réductions d’effectifs. Le vieil homme était écœuré par la grande versatilité de l’esprit humain, sa maniabilité et sa faiblesse face aux mouvements collectifs.
Les promoteurs immobiliers étaient passés et l’avaient abreuvé de vent et de promesses mirobolantes. Son vieil immeuble planté au milieu de la ville était la seule relique d’une période oubliée. Une chapelle prolongeant le bâtiment rappelait sa première fonction. Elle avait servi de couvent au Moyen-Âge avant d’être un refuge pour des gueux à la Révolution de 1789. Pendant l’Occupation, des résistants avaient élu domicile dans le sous-sol qui leur servait de quartier général. Il le savait. C’était lui Péchin qui transmettait les informations à la France libre réfugiée à Londres à partir de cet abri de la résistance. Cette guerre de libération, il l’avait connue. Ce bâtiment chargé d’histoire était pour lui un symbole. C’était pour cela qu’il l’avait acheté avec ses économies de soixante années de dur labeur. Sa tour de pierres et de torchis était sa seule fortune. Lorsqu’il acquit le lieu, Péchin le rétablit dans sa mission d’origine. Certes ce n’était plus un couvent mais il le restaura avec l’aide d’un ami prêtre. Ils y installèrent divers objets, signes de sa foi catholique. Placée sous l’autorité du Seigneur, l’Union faisait la fierté du vieil homme. Dans la ville, on avait surnommé cet endroit la mission catholique.
Dans ce monde vendu aux marchands de rêves, il était aussi difficile de trouver le moindre travail qu’à un aveugle de distinguer les couleurs d’une toile de Gauguin. Aider les autres était une question qui ne se posait pas pour Péchin. Il avait même tendance à dire que c’était dans l’ordre naturel des choses. L’avenir n’était point ce qu’on désirait mais ce qu’on construisait. La quête de l’idée de bien était une entreprise à la fois individuelle et collective. Mais la faille faite dans la civilisation par le modèle économique de notre société faisait douter Péchin que l’idée du bien fût encore de mise de nos jours. L’espèce humaine était trop égoïste pour ça. Ses pulsions bestiales avaient généré la domination d’une société par une oligarchie. Cela relevait d’un autre âge. Péchin haïssait le côté pervers du libéralisme qui faisait de l’homme un objet et subordonnait sa raison aux intérêts égoïstes du petit nombre. C’était trahir le but de la civilisation. La civilisation, c’était l’évolution, la liberté et le bien-être de l’homme. Malheureusement, le siècle présent semblait celui de la dévolution. L’homo sapiens manquait de sagesse. Le temps des hommes était passé, celui des multinationales avait pris le relais.
Extrait 2 : Elena
Elena s’aperçoit qu’Internet a détruit les bases de la famille et la drague a perdu de sa valeur. En quinze ans à peine, le Web a cassé le charme de l’amour. Les chasseurs du cœur parcourent la toile. Ceux-ci pour trouver l’âme sœur, et ceux-là pour du cul. L’abondance des choix a endurci les cœurs. On cherche certes une compagne ou un compagnon mais pas n’importe lequel. Quitte à avoir le choix, mieux vaut mettre la barre haute. On affine les critères et on évite sûrement ceux qui auraient un profil identique à nos et ex qu’on voudrait oublier pour notre grand bien. On tombe sur un contact qu’on trouve exceptionnel, charmant et sans rapport aucun avec ces mythomanes narcissiques qui sont prêts à vous raconter n’importe quoi pour accéder à votre culotte. Mais on se méfie quand même de ce Roméo. On cherche l’âme sœur et non un plan cul. Alors on teste la bonne foi de l’autre. On le fait patienter. On le nargue même pour éprouver sa résistance. Après quelques semaines, on cède enfin et puis finalement, on baisse la garde. On a trouvé la princesse, le prince charmant. Mais dans 90% des cas, on tombe des nues, la désillusion s’abat. On s’aperçoit que l’idylle tant espérée n’a vécu que le temps de jeux sexuels jusqu’à l’arrivée de la première monotonie. On découvre que le gentil célibataire n’est en réalité qu’un mari frustré, en mal d’aventures sexuelles. Quoi qu’il en soit, le mal ou le bien est fait. Cela dépend pour qui. Alors on décide de chercher un mieux ailleurs. Sur le net, il n’y a que l’embarras du choix. On s’aperçoit ainsi que le bonheur recherché pour le restant de notre vie ne sera pas pour cette fois-ci. Alors on écume les soirées de speed-dating pour trouver l’âme sœur en cinq ou sept minutes comme on courrait chez le boulanger pour acheter du pain...
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